bastide francescas

 

Les découvertes de monuments de l'époque gallo-romaine sont fréquentes sur le territoire du canton de Francescas. Nous allons énumérer simplement ci-dessous les deux plus importants; Bapteste et La Chapelle.

La villa Bapteste

Les fouilles

La villa Bpateste a été découverte en 1871. Aux nombreux dévris qui jonchaient le sol qu'elle occupe, on avait déjà depuis longtemps pressenti un gisement antique; mais ce fut seulement à la fin de 1871, qu'encouragés et conseillés par un ami et un maître, M. Beulé, dont l'archéologie déplor aujourd'hui si vivement la perte, M. Teulières et moi nous fîmes, au moyen des puits, nos premiers sondages réguliers. Au troisième puits, à 1.60m de profondeur, nous heurtions le sol antique. C'était la mosaïque de la salle marquée A sur le plan, mosaïque que nous n'eûmes plus qu'à suivre pour exhumer me monument entier.
Le 9 janvier 1872, un article dans le Moniteur universel révélait cette découverte. Le monde s'en émut, et bientôt, je me plais à adire à l'honneur de notre époque trop souvent calomnié, des encouragements aussi sympathiques qu'efficaces nous arrivèrent de tous les côtés.
La Société d'Agriculture, Sciences et Arts à Agen, à laquelle on ne saurait témoigner trop de reconnaissance pour le dévouement qu'elle met toujours au service de l'archéologie, fut la première qui nous apporta son précieux concours. Son secrétaire perpétuel, M. Adolphe Magen, dont l'intelligence encyclopédique féconde ce qu'elle ne fait même pas qu'effleurer, et M. Tholin, l'archiviste du département, que recommandent ses excellentes notices sur le monuments réligieux de diocèse, visitèrent au début le chantier des fouilles; ils en comprirent aussitôt l'importance , et, sur leur rapport, une subvention nous fut votée par l'Académie du chef-lieu.
Le préfet du département en 1872, M. Lauras, s'associa à ces efforts, et le gouvernement, avisé par lui et par des communications réitérées, se décida à envoyer sur les lieux un inspecteur des beaux-arts, M. Desvallières, dont le rapport favorable valut aux fouilles une allocation de 2000 francs.
Le Conseil Général tint à honner d'imiter ces exemples. Il accordait en 1872 une subvention de 500 francs, qu'il renouvelait l'année suivante.
Enfin, votre Société, Messieurs, en mettant à notre disposition 300 francs en octobre 1873, donnait à l'oeuvre sa véritable consécration.
En somme, le total des allocations que j'emprunte au rapport oficial adressé en 1873 par l'archiviste du département au préfet du Lot-et-Garonne, s'élève à 3400 francs, sur lesquels 500 sont encore disponibles.

Le plan de la villa Bapteste

Descriptin de la villa

La villa de Bapteste, dont le Monde illustré a publié, le 29 octobre 1872, une vue fort exacte, est situé dans la commune de Moncabeau, canton de Francescas, arrondissemenr de Nérac, à dix kilomètres de cette ville, sur la rive droite de la Baïse, au point où la plaine, en s'exhaussant, la mettait à l'abri des innondations de la rivière. Le site à mi-coteau dont la vue embrasse, à droire et à gauche, la vallée de la Baïse, atteste le génie romain, essentiellement pondérateur, et s'accorde merveilleusement avec ce vers du poëte Fortunat:

Condita quo demus est, planus tumor exit in altum
et surtout avec la situation de Veregène, ainsi décrite par le même auteur:
Allior a planis arvis minor eminet altis
Necve humilis nimium, necque superbit apex
Colle sedet medio domus aedificata decenter
cujus utrumque latus hinc jacet, inde tumet.

Le plan de la villa se rapprochant de ces deux villas romaines connues jusqu'à ce jour, est un vaste parallélogramme divisé en deux carrés à peu près egaux, qu'un rectangle coupe transversalement. Autour du rectangle et du carré ouest sont groupées, le long des galeries symétrique, cinquante chambres ou petites cours intérieures entourées de murs. Un grand couloir de 5 mètres de large, ayant servi de portique couvert, occupa sur toute la façade nord, une longueur de 50mètres. Il était pavé de mosaïques, et les pierres de taille à intervalles égaux qui supportaient les colonnes sont encore en place. Il en est de même d'égouttoirs en parement sur lesquels tombaient les eaux du toit avant de s'écouler dans l'aqueduc qui longe cette partie de l'édifice. Sur les cinquante chambres
ou cours intérieures et les quatres couloirs, vingt-deux chambres et trois couloirs sont encore pavé de mosaïques ou en conservant des traces. Le carré, dont les alentours sont encore inexplorés, est une vaste cour décorée sur tout son périmètre d'une colonnade en pierre d'ordre dorique, dont quelques bases de colonnes étaient restées sur leurs socles. Les salles exposées au midi et à l'ouest ont presque toutes des hypocaustes.

Le plan de la villa Bapteste


Il y a deux opinions. L'une consiste à mettre à l'ouest l'entrée principale, dont on n'a pas trouvé trace, peut-être parce que, sur ce point, le terrain a été plus profondément bouleversé que partout ailleurs; à faire du carré bordé de chambres l'atrium; à placer le tablinum au milieu du rectangle transversal, et à voir le péristyle dans la cour décorée de colonnes.
Aux objections basées sur ce que l'atrium prétendu, malheureusement recouvert de terres de déblai, montre sur ces faces intérieures un réseau de substructions qui indiquent des bâtiments, les partisans de l'orientation à l'ouest répondent que ces salles exiguës, qui ne portent pas trace de mosaïque pouvaient servir d'habitation aux nombreux serviteurs ou esclaves du maître.
Dans l'atrium de certaines maisons de Pompéi, en effet, entre autres celle de Pansa, les compartiments intérieurs dans l'atrium sont désignés comme de petites chambres à coucher, cubicula, réservées à la famille. D'après ce même avis, le péristyle entouré de colonnes aurait servi de dégagement sur la villa "Rustica", dont quelques murs ont été relevés à peu de distance, et les larges portes trouvées sur la façade antérieure et les côtés de carré n'auraient servi qu'à l'exploitation agricole.
Une autre opinion, celle à laquelle je me suis rattaché depuis peu, et que partage mon collaborateur M. Teulières, place au contraire l'entrée principale à l'est, à l'est équinoxial recommandé par Columelle. Une large baie dans le mur antérieur, malheureusement recouverte aujourd'hui parce que le terrain ne nous appartient pas, a été mise au jour dans l'axe même de l'édifice. deux autres grandes portes, dont l'une se voit encore, été réservées aux chars. Le grans carré Q, entouré d'une colonnade, serait alors l'atrium, si l'on tient absolument à la distribution traditionnelle; mais un atrium d'espèce nouvelle approprié à la vie des champs, et n'ayant, à l'avant de la maison, d'autre usage que celui d'une vaste cour d'entrée. Au point R, une salle carrée, petite, isolée, placée au coin de la cour, entre la porte du milieu et la porte charretière, a tout l'air d'avoir servi à un portier, à l'ostiarius. Cette cour à colonnade, qui pourrait avoir servi de modèle aux portiques des premiers cloîtres, comme aussi aux premiers manoirs, précède la véritable habitation, dont la partie rectangulaire, ayant toujours pour centre le tablinum, conduit au peristylium, ce sanctuaire de la famille, qu'on franchissait si difficilement, et qui groupe les appartements autour de sa quadruple galerie.
Qu'on adopte l'une ou l'autre de ces opinions, il n'en est pas moins certain que, de l'entrée, fût-elle à l'est ou à l'ouest, le regard, traversant le tablinum, enfilait la maison dans toute sa longeur.
Les apprtements sont divisées en salles d'été et salles d'hiver. Les alles d'été, situées au nord, sont plus spacieuses, en nombre moindre, ne portant pas trace d'appreil de chauffage, et ce qui distingue surtout cette partie, c'est le grand portique, pomenoir de 50 mètres de long sur 5 mètres de large, exposé à toutes les brises. Les salles d'hiver, au midi et à l'ouest, moins grandes, plus nombreuses, en raison sans doute des travaux faits à l'intérieur dans la mauvaise saison, ont presque toute sous leur pavage des chambres de chaleur ou hypocaustes, dont les cheminées d'appel se voient encore dans les murs.
Je dois maintenant appeler votre attention sur les points P et J qui sortent du plan, et sont peut-être de nature à servir l'opinion du savant M. Reinhold Dezeimeris, qui voit, dans Bapteste l'Ebromagus de Saint Paulin.
Au point J se trouve une grande salle teminée par une abside circulaire. Sa longueur sur le grand axe est de 12.50m. Or cette salle est si largement ouverte sur la salle I, qu'on pourrait n'y voir qu'une seule pièce, qui mesurait alors près de 20 mètres sur le grand axe. Cette salle, dont le plan, trop tôt dressé, ne donne qu'une idée imparfaite, serait alors séparée en deux parties, et si l'on y voyait un sanctuaire, la première serait le nef, et la seconde le choeur. Quelques archéologues ont aussi prétendu que cette salle pouvait être une sorte de prétoire.
Au point P, des substructions très-ruinées dessinent trois absides en forme de feulle de trèfle. Votre secrétaire général, M. Tholin, pense qu'il est probable qu'il y eut là jadis quatre absides, dont l'une a été détruite par l'ouverture d'une carrière de sable. Il ajoute qu'il serait possible également que ces trois absides fussent accopagnées d'une nef, et qu'elles auraient formé de la sorte un sanctuaire régulièrement orienté, dont les analogues de retrouvent aussi bien dans diverses églises du Lot-et-Garonne, que dans les petites basiliques primitives récemment découcertes aux environs de Rome. En avant en trouve une salle octogonale N, sur laquelle nous aurons à revenir.
Au nord et à midi, la ligne des bâtiments parait fermées, et deux puits extérieurs, sans aucun doute, semblent indiquer, que, de ces côtés, il ne reste à exhumer. La partie ouest ne dépasse pas, à part les ouvrages avancés, le mur sans issu qui la limite sur toute sa longueur. Quant à la partie est, elle s'arrête au point où le terrain ne nous appartient plus, et l'on peut s'attendre à y faire encore d'importantes découvertes. Je glisse rapidement sur mille détails intéressants: appareil de construction, stucs peints, dallages de briques, hémicycles, bassins revêtus de plaques de marbre, aqueducs, puits, conduits d'eau et de calorique, hyocaustes, etc..; qu'on ne peut bien étudier que sur place, et je ne dirai qu'un mot das mosaïques, dont les dessins de M. Teulières sont la plus scrupuleuse reproduction. Ces mosaïques, qu'un goût babare n'a pas encore transformées en représentations grossières d'hommes, d'animaux, de poissons, - ce qui presque toujours trahit une décadence avancée, - sont toutes concues et exécutées avec un art exquis, où le sentment de la couleur s'allie au dessin décoratif le mieux approprié à sa destination. La fantasie s'y applique à la géométrie, et rien ne charme le regard comme ces compartiments savamment combinés, où les lignes colorées se croisent, s'amalgament en rosaces, s'assouplissent en rinceaux, se tordent en grecques, heurtent les carrès en losanges, sans jamais déranger la symétrie, et produisent avec cinq ou six teintes plates les effets de couleur les plus harmonieux. En comparant, dans son rapport à la commission des monuments historiques, ces mosaïques aus ramages d'un châle de l'Inde, l'inspecteur délégué par le ministère de l'Instruction publique donnait l'idée la plus juste de ces spécimens d'un art perdu qui mériterait de revivre.

Le plan de la villa Bapteste

Le plan de la villa Bapteste

Le plan de la villa Bapteste


C'est qu'en effet, Messieurs, il n'est pas rare de trouver les civilisations superposées comme les couches géologiques. Une première résidence en entraîne presque toujours une seconde; et le vainqueur, mettant en profit les travaux d'appropriation du vaincu, s'etablit sur son domaine, jusqu'à ce qu'un nouvel envahisseur l'expulse à son tour et prenne sa place. C'est ainsi qu'à Bapteste, à côté d'armes et d'instruments de fer remontant aus Romains, on a trouvé des objets de bronze, des ustensiles en os, deux haches de pierre polie, et jusqu'à des silex éclatés.

Dessin des fouilles à la villa Bapteste 19.10.1872

Objets recueillis

Signalons seulement au passage les objets propres à donner quelques indications de date. Une tête d'enfants d'un bon style, des fonds de vases où les noms des potiers sont gravés en lettres grecques, deux chapiteaux composites en marbre blanc où le corinthien domine, deux autres chapiteaux fragmentés où l'on est en droit de reconnaître des symboles religieux et creusés à l'intérieur en forme de bénitier, une lampe en terre cuit portant en relief sur sa cuvette le monogramme du Christ, le chrisme, et après de deux cents pièces de monnaie embrassant un intervalle de plus de 400 ans, depuis Auguste (63 avnt J.-C.) jusqu'à Constantin (337)
Cela suffit-il pour indiquer la date de la fondation de la villa? Non certes, et ici encore nous sommes réduits aux conjectures. Toutefois le plan si régulier de la villa, à laquelle des adjonctions ont dû plus tard être faites, le mode de construction, le peu d'épaisseur des murs, la richesse des marbres, la module des colonnes, le style des chapiteaux, et surtout les mosaïques, où s'étale si complaisamment le génie mathématiques de la Rome des premiers temps de l'empire, nous portent à placer au IIe siècle la fondation de la villa Bapteste. N'est-ca pas en effet sous Hadrien, sous Antonin, sous Marc-Aurèle, de 117 à 180, que le midi dela Gaule, cette Rome continuée, comme en l'appelait, attaignait l'apogé de sa prospérité? C'est la date des plus beaux monuments qui décorèrent la Narbonnaise et le midi de l'Aquitaine, dit un historien regretté, Amédée Thierry; c'est aussi la date de la grandeur de Nimes, et bon nombre de monnaies de cette colonie attestent que Bapteste entretenait des relations avec elle.

Question étymologique

Un de ceux qui ont mis le plus de zèle à diriger et surveiller les fouilles, un aimable poète qui est.facilement devenu un excellent archéologue, M. Faugère-Dubourg, a déjà, par divers articles insérés au Moniteur universel, à la Gironde, au Journal de Lot-et-Garonne, etc., appelé l'attention du public éclairé sur l'importance de sa découverte des ruines de Bapteste. Ses habiles et séduisantes descriptions n'ont rien d'exagéré. Avani d'avoir visité ces lieux, je me méfiais quelque peu, je l'avoue, de toutes ces merveilles que célébrait la brillante plume de l'auteur des "Sonnets de la Mariée". Sans parler de la proverbiale et effrayante réputation de Moncrabeau, je me disais que chacun surfait toujours sa trouvaille, et que l'antiquaire lui aussi, comme le chasseur, comme le pêcheur, etc., voit les objets à travers le prisme de ses illusions. Mais quand, au mois de septembre dernier, j'eus admiré ce qui reste de la villa Bapteste, quand j'eus reconnu combien cette villa avait eu de grandeur et de magnificence, combien le succès des premières fouilles donnait le droit d'attendre de nouveaux trésors des fouilles ultérieures, M. Faugère-Dubourg — je lui demande pardon de l'avoir, un moment, méconnu - devint pour moi le plus fidèle de tous les peintres. Ce qu'il a si bien fait, je ne le referai pas. Je me contenterai seulement d'indiquer ici une curieuse conjecture de M. Reinhold Dezeimeris.Cet érudit, qui a déjà fourni tant de témoignages de son heureuse sagacité, notamment à propos de la Villula d'Ausone, s'est demandé, dans la Gironde du 25 octobre 1872, si la villa Bapteste n'était point cet Hebromagus de saint Paulin, dont on a jusqu'à ce j our vainement cherché l'emplacement ( 1 ).
M. Dezeimeris, après avoir avancé que le nom de Bapteste, autrefois sans doute Vapteste, pourrait bien venir de Vastata, et signifierait, dans ce cas, la. villa dévastée, ruinée, cite divers fragments des lettres d'Àusone à Paulin. Un des fragments les plus favorables à sa thèse est celui qu'il emprunte à la lettre XXIII et qui nous montre Paulin quittant l'Espagne, traversant les plaines des Tarbelles, arrivant à Hebromagus (Hebromagi jam tecta subit), puis descendant le courant du fleuve et arrivant à Bordeaux. Ce qui est certain, dit M. Dezeimeris, c'est qu'Hebromagus devait se trouver sur la route des Pyrénées, entre les champs Tarbelliens et la ville de Bordeaux, condition à laquelle répond parfaitement l'emplacement de la villa Bapteste.
Un autre passage, non moins frappant, est tiré de la lettre XXII : Ausone expose, en ce passage, que, par suite d'une disette de blé dans la région de Lucaniac qu'il habite (près de Libourne probablement), il a fallu que son intendant Philon
allât vers le haut de la Garonne pour s'en procurer, et il prie Paulin, d'abord, de permettre à Philon de continuer à établir à Hebromagus l'entrepôt de ses achats :
Is nunc ad usque vectus Hebromagum tuam,
Sedem locavit mercibus;
ensuite, de lui prêter un bateau pour transporter ses blés destinés à Lucaniac :
Ut inde nauso devehat..
Précisément, la Bâïse coule au-dessous de la villa Bapteste, à

(1) Rappelons que Vinet et Marca ont cru le retrouver dans Embrau ou Brau, près de Blaye; Scaliger et Samson, dans Bourg, près du Bec-d'Ambez; dom Vic et dom Vaissète, dans Bram ou plutôt Vibram, près de Castelnaudary. De formidables objections ont été dirigées contre ces trois opinions.

une faible distance seulement de l'éminence qui, comme un majestueux piédestal, supporte les vieilles ruines, et, selon la remarque de M. Dezeimeris, la production agricole du pays le désignerait tout simplement, encore de nos jours, à quiconque aurait à faire un approvisionnement de froment.
M. Dezeimeris note encore que saint Paulin était fort lié avec Sulpice-Sévère (1) et que si ce dernier, comme beaucoup l'ont cru,-séjournait àEauze (2), le voisinage d'Hebromagus expliquerait à .merveille ces rapports d'intimité.
J'ajouterai que la plupart des mosaïques découvertes à Bapteste représentent des croix, et que la multiplicité de ces pieux symboles semble attester qu'à une époque où le paganisme luttait encore contre le christianisme, comme, quand paraît l'aurore, la nuit lutte encore contre le jour, à une époque où ceux qui croyaient se glorifiaient d'affirmer leur foi de toute manière, la villa Bapteste a été la demeure de saint Paulin.
Afin de ne rien négliger, je signalerai enfin une tradition fort répandue aux environs de Nérac, et particulièrement à Bruch, d'après laquelle saint Paulin se serait un jour désaltéré à une fontaine dont l'eau, coulant à flots intarissables,
n'aurait depuis jamais cessé de posséder la saveur la plus délicieuse. Cette poétique légende ne nous conserverait-elle pas le souvenir de la présence de saint Paulin dans le pays aujourd'hui représenté par l'arrondissement de Nérac ?
De l'ensemble de ces observations, les unes, j'en conviens, subtiles, et, pour ainsi dire, vaporeuses, les autres plus graves,

(1)In saeculari priùs amicitia dilectissimus. Paul. Ep. XI.
(2) Un des grands travailleurs de la Gascogne, la judicieux et savant auteur de "l'Essai sur les villes fondées" dans le Sud-Ouest de la France, aux XIIIe et XIVe siècles, sous le nom générique de bastides, m'a jadis gracieusement reproché (Revue d'Aquitaine) d'avoir préféré, au sujet de l'habitation de Sulpice-Sévère, le sentiment de ceux qui sont pour Lauzun au sentiment de ceux qui sont pour Eauze. Il devrait bien ici même essayer de me convertir. Comme je ne cherche que la vérité, je ne demande pas mieux que de m'avouer vaincu s'il le faut. Si M. Curie-Sembres réussisait à démontrer que la cause de Lauzun est insoutenable, il fortifierait d'autant la thèse de M. Dezeimeris.

plus significatives, il résulte que s'il n'est pas certain que la villa Bapteste soit Hebromagus, c'est du moins chose probable.
Espérons que de nouvelles fouilles, encouragées par l'Etat, qui ne peut manquer d'acquérir les ruines de Bapteste, supérieures par leur étendue et par leur beauté à toutes les ruines gallo-romaines que possède la France, permettront de
remplacer par des preuves incontestables de simples probabilités.
M. Dezeimeris nous promet de reprendre et d'approfondir la question, à propos de la Villula d'Ausone. C'est à cet ingénieux érudit qu'il appartient de dire le dernier mot sur les deux maisons de campagne d'Ausone et de saint Paulin. Celui qui a si bien commencé ne peut que très bien finir.

Ph. TAMIZEY DE LARROQUE

Date de la destruction

Si l'on ne peut fixer la date de la fondation de la villa Bapteste, peut-on au moins préciser celle de la ruine? Le feu est passé par là, c'est incontestable, et ce n'est que longtemps après que les murs ont été rasés. Comme il est démontré que Bapsteste a vu les premiers temps du christianisme, et que d'ailleurs des descriptions de villas que nous ont laissées Fortunat et Sidoine Apollinaire, prouvent que des monuments semblables à celui que nous étudions existaient encore au Ve siècle, nous sommes amenés à penser que les Visigoths, qui occupèrent à cette époque le midi de la Gaule, respectèrent les édifices romains et s'y établirent. Comment en eût-il été autrement? Les Visigoths, venus de l'talie, s'étaient imprégnés de sa civilisation; leur loi était la loi romaine et le code Alaric est copie sur le code Théodosien. Ces peuples, d'ailleurs, étaient déjà convertis au christianisme. Sidoine Apollinaire fait de la cour des rois Visigoths à Toulouse une peinture qui ne permet pas de douter de la civilisation très-avancée de ces prétendus barbares.
Quant aus Sarrasins qui leur ont succédé, ils étaient, bien muselmans, de moeurs élégantes et fort policés. Leur occupation fut relativement assez douce dans les pays comme les nôtres, qui avaient avec eux des affinités de race, et rien n'est moins contestable que leur goût pour les lettres et les arts. Leurs califes omniades étaient des poëtes qui n'eussent pas toléré l'incendie de chefs d'oeuvre qu'ils savaient admirer, et à ceux qui les accusent de vandalisme, ils n'auraient qu'à répondre en leur montrant les monuments élevés par eux.
Ni Clovis, lorsqu'il battit les Vidigoths à Voulon en 507, ni Charles Martel, qui, deux siècles plus tard, défit les Sarrasins à Poitiers ne sauraient être rendus responsable de ces ruines.
Clovis, forcé de reculer devant Théodoric, venu de l'Italie au secours des Visigoths, ne fit sur le territoire aquitain qu'une incursion rapide, et Charles Martel dut d'autant mieux préserver l'Aquitaine, qu'il ne faisait pas prêter main forte à son duc Eudes en marchant contre les Sarrasins. D'ordinaire, on ne tire oas sur son alliés.
Pour trouver des traces certaines de la destruction de la villa Bapteste, comme aussi des monuments gallo-romains dont on trouve à chaque pas de vestiges dans notre contrée, il faut descendre jusqu'à Pépin le Bref, qui, lui, conquit l'Aquitaine sur ses ducs en 759, et sacagea son territoire de tele sorte qu'un historien a pu dire avec raison:
"Depuis ce jour, l'Aquitaine devint le pays de grande chasse des Francs, nos cousin germains. Elle fut soumise à une dévastation méthodique. De la Loire à la Garonne at au delà, les maisons étaient brûlées, les arbres coupés".
Chaque année la dévastation s'étendait. Et maintenant viennent les Normands, si tant est qu'ils soient jamais venus, ils ne trouveront que glaner dans les champs où sont passés ce terribles moissonneurs.
Ainsi, c'est sur les Francs, nos anêtres (Franci a feritate dicti, comme disent les anciens glossaire) que je crois devoir rejeter la responsabilité des ruines accumulées sur notre sol. L'unité de la France actuelle est assez ancienne et assez forte pour qu'on puisse aujourd'hui, sans danger, en remontant à l'origine de sa nationalité, affirmer une vérite historique.

La suite

Les parcelles contenant la villa antique de Bapteste ont été rachetées en 1992 par la municipalité de Moncrabeau pour mettre en valeur des vestiges mis au jour.
Les sondages réalisé en 1992 ont révélé les structures très dégradées.
Vu ces résultats, les dernières campagnes de fouilles qui ont été menées ont consisté à définir l'évolution générale du site.
L'occupation primitive correspond à un petit habitat datable de l'âge de bronze.
La première villa, du type de galerie de façade avec ailes en retour d'angle, semble avoir été implanté dans la seconde moitié du Ier siècle. Par la suite, ce bâtiment connaît des transformation successives, notamment au IIe siècle où l'on aménage un pressoor puis une cuisine. Cette villa fut rasée dans le deuxième quart du IVe siècle pour laisser place à un nouvel édifice centré sur une cour carré à péristyle. Cette seconde villa connut son expansion maximale à la fin du IVe ou au début du Ve siècle (création d'une cour d'honneur et d'une annexe thermale).
Somme toute, l'élément majeur de cette intervention a été la mise en évidence d'un pressoir à vin sans doute lié à une aire de stockage de dolia; il s'agit de la première trace d'installation viticole découverte à ce jour en Lot-et-Garonne. Il importe en outre de souligner que les fouilles du XIXe siècle ont livré, parmi l'abondant mobilier lié à l'agriculture, plusieurs serpettes à vendanger (actuellement exposées au musée de Nérac). Ces dernières proviennent de l'état de la fin de l'Antiquité.
Elle semble confirmer la tradition viticole de ce domaine pendant une grande partie de l'Empire.

S'appuyant sur ces documents, les membres de l'association Moncrabeau hier, aujourd'hui et demain (MHAD), avec l'aide du photographe Alistair Hair, ont repris la totalité des 50 planches de mosaïques, regroupées en six albums, visibles pour le public au musée, à la bibliothèque et à la mairie. Un tableau représentant une des mosaïques de la villa Bapteste a également été dévoilé au public et a trouvé sa place dans le couloir de la mairie.

 

 

La villa gllo-romaine de la Chapelle (entre Francescas et Moncrabeau)

A trois cent mètres environ de la célèbre villa de Bapteste, en allant vers Moncrabeau, se trouve la propriété dite de La Chapelle.
la situation de La Chapelle se trouve être à peu près la même que celle de Bapteste. C'est à dire à l'extrémité d'un plateau qui brusquement descend dans la basse pleine de la Baïse. Comme à bapsteste, on y jouit d'une vue agréable, sinon étendue.
Cette propriété appartenait depuis fort longtemps à la famille Descudé, dont le dernier représenatnt a été, durant de longues années, sous-préfet de Nérac. Son neveu, M. Emile Roquaing, l'a vendue depuis quelques années à M. masseret, originaire de la Suisse.
Au milieu du XVIIIe siècle, cette propriété avait appartenu à M. de Roams - dont Mme Roquaing, née Descidé, était la petite nièce - l'inventeur, avant Franklin, du cerf-volant électrique, d'où découlèrent les lois de l'électricité. Longtemps méconnu, sa gloire est aujourd'hui incontestée.
Ces jours derniers, M. Ernest Nicolet, gérant de M. Masseret, en arrachant un vieil ormeau qui se mourait derrière sa maison, fut étonné de trouver entre les racines des tuiles à rebord, beaucoup de dévris de bâtisse et des ossements.
Intrigué, il poursuit les recherches; il en fut récompensé, car, à 1.80m du niveau du sol, il rerencontra une mosaïque.
Avec un soin minutieux qui fait éloge de son intelligence, il déblaya alors une surface approximative de 15 mètres carrés.
Il decoucrit ainsi un angle de cette mosaïque, très belle encadrement de 0.40m environ.
le mileu représente des pampres de vigne avec de très beaux raisins. Les mosaïques ont cinq couleurs: blanc, jaune, rouge, bleu et violet.
Poursuivant ses recherches, il découvrit à gauche une autre chambre avec des mosaïques qui représentait également des feuilles de vigne.
Et à droite une troisième chambre aux fugures géométriques rappelant la Croix de Malte.
Ces trois mosaïques sont admirablement conservées.
Les ossements n'ont pu être exactement identifiés, mais ne sont pas des ossements humains.
la pièce du milieu a la forme d'une abside et celle de gauche semble octogonale. Ces pièces sont séparées par de gros murs.
Entre deux de ces pièces existe une porte assez étroite.
Les murs ont encore 0.60m environ de hauteur,sauf ceux qui soutiennent le coteau, qui ont environ 1.50m. On y voit des traces de stuc (couleur bleu et rouge).
Le propriétaire a formé, dans un appartement de sa maison, un petit muée de ces trouvailles.
On y voit: un bracelet en or légèrement guilloché, à petites dents. Il est remarquement pour avoir gardé toute sa souplesse et sa forme normale.
Encore, un pendant en bronze d'un diamètre de 0.02m environreprésentant un serpent.
Plusieurs monnais assez mal conservées: une pièce d'un diamètre d'une de nos pièces d'un franc; deux comme des pièces de 0.50fr. Plusieurs très petites, sans doute des triens mérovingiens, soit 1/3 du sou d'or.
Des verres irisés en lambeau.
Des Vases rouges et noirs en lambeaux dont l'un , noir, a dû être très joli.
Des lingots de plomb, fondus par le feu.
Des fûts de colonne en marbre (deux) et des morveaux de marbre, dont l'un très beau.
Un poids de tisserand, marteau, lance, clous de differentes formes, etc.........
De belles tuiles plates bien conservées, avec les tuiles intermédiares.
Enfin, ce qui semble le plus intéressant, un morceau d'ivoire admirablement conservé, poli comme une bille de billard,. Diamètre, 0.045m à la base, un côté plat et l'autre se terminant en forme de fusée d'obus. Hauteur 0.05m environ. Circonférence 0.14m.
Quel pouvait en être l'usage?
Il est à remarquer qu'il y a en dessous de La Chapelle une fontaine très abondante et très bonne, avec un lavoir.
La fontaine ayant déviée, il a une quinzaine d'année, on fit des recherches pour y remédier et, à quelques mètres du griffon, on rencontra une suberbe mosaïque au milieu de laquelle coulait la source. On croit qu'au dessus de la fontaine il y a un champ plein de mosaïques, se reliant ainsi à celles récemment découvetes.
Peu après, on combla ces terrassements. heureusement mlle Madelaine Lébègue en releva le dessin, qu'elle est heureuse de communiquer à ceux qui sont riands des antiquités gallo-romaines.
Il est probable que c'est le sort qui va être réservé aux mosaïques de La Chapelle.
Les hypothèses émises sur la destruction de Bapteste peuvent également s'appliquer à sa si proche voisine.
En quelques mots, quelles sont ces hypothèses?
Si on consulte les chronoqueurs gascons qui ont cherché à déchiffrer les mystères de l'Histoire, depuis Du Pleix, Ducros et Darnalt jusqu'à Samazeuilh et Tholin, nous voyons que tous ne rendent pas les Sarrazins de 732 responsables du pillage de de l'incendie de l'Agenais.
Agen en effet, jou un trop grand rôle sous le règnes de pépin le Bref et de Charlemagne, quelques années après l'invasion sarrazine.
L'abbé Barrère rapporte qu'en 765 le pape Etienne écrivait de Figeac à l'église d'Agen, que Pépin le Brf reçut, à Agen, la soumission des seigneurs gascons et aquitains, toukours en lutte contre la monarchie franque. C'est également d'Agen, en 766, que Pepin fonda ou combla de bienfaits l'abbaye de Clairac.
Ce monarque pouvait-il résider dans une ville en partie détruite? Les seigneurs gascons et aquitains qui venaient de soumettre à son autirité ne pouvaient qh'habiter les belles villes dont tous les jours nous retrouvons les traces et les débris.
Charlemagne s'interessa également à Agen, la capitale d'une région qu'il affectionnait beaucoup. prise a l'improviste par un chef sarrazin, Turpin nous rapporte les faits divers principaux d'un siège qui dura sept mois, tant, il importait à Charlemagne d'occuper cette cité. Ne va-t-on pas jusqu'à dire qu'il donna à Agennum les armoiries que la ville possède encore?
Son école était alors célèbre et rayonnait dans toute ma region. Charlemagne lui envoya de Trèves le recteur Ejecius (cantor et ordenis autor), dit Labenazie, pour apprendre le chant grégorien et reformer les livres liturgiques, peut-être enpreints de la première poussée manichéenne qui eut lieu en Agenais vers 694.
Saint-Amans dit que le tombeau de ce savant, qu'il appelle Eicuis, se trouvait dans le cloître Sant-Caprais et qu'il en a vu les débris.
Son épitaphe est reproduit dans l'Histoire religieuse de l'abbé Barrère.
C'est pandant le siège dont nous venons de parler que Charlemagne aurait fondé sur le coteau qui domine Agen une église, dite de Sainte-Croix, où il aurait reçu chavalier son neveu, le légendaire Roland.
Mais parès la mort de Louis le Débonnaire commencent les incursions des Normands. ces guerriers, venus du Nord, trp souvent appelés, hélas! par des rivalités locales, se jettent sur l'Aquitaine en remontant les cours d'eau sur leurs barques légères.
Les conquêtes territoriales n'étaient pas en principe leur but; mais un pillage raisonné. Ils détruisaient pour détruire, s'emparaient de tout ce qui est précieux et leurs barques surchargées de richesses. Ils redecendaient les rivières et regagnaient leurs pays, exhortant à leur retour leurs concitoyens à les imiter et à revenir avec eux procéder à des nouveaux pillages toujours très fructueux.
Pendant cinquante ans, l'Aquitaine fût à leur merci et l'Agenais.
Après leur départ, les villes respirèrent et commencèrent à se rebâtir, surtout celles comme Agen, dit Labenazie, qui avaient conservé pieusement le tombeau des mrtyrs.
Il n'en fut pas de même des villas, presque toutes situées dans les plaines fertiles. Dévastées et ruinées, elles n'étaient d'auucune resource pour leurs propriétaires prudents et anxieux. Ils préférèrent construire leurs demeures dans des endroits escarpés, faciles à défendre, et y appélèrent leur clientèle dispersées. tels furent les débuts de la féodalité et de nos châteaux forts.

Paul Amblard

 

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